Les fonctions cognitives et leurs troubles
Les fonctions cognitives concernent les capacités mentales du cerveau qui permettent de traiter l’information : percevoir, apprendre, mémoriser, se concentrer, raisonner, parler, comprendre…. de manière telle à s’adapter aux variations de notre environnement et à autrui.
Les fonctions cognitives regroupent les fonctions instrumentales, les fonctions attentionnelles, les fonctions exécutives, les fonctions mnésiques, les fonctions de la métacognition et les fonctions de la cognition sociale.
Les fonctions instrumentales
Les fonctions instrumentales regroupent le langage, les praxies et les gnosies.
Le langage
Les zones du langage sont principalement situées dans l’hémisphère gauche. Toutefois, l’hémisphère droit a un rôle non négligeable dans certaines fonctions langagières (traitement des émotions, de l’humour…).
La fonction langagière peut être considérée sous différents angles : langage oral, langage écrit, production langagière, compréhension langagière, calcul…. peuvent affectés de façon différenciée par une atteinte cérébrale.
Le langage et la communication dépendent de multiples processus sensori-moteurs, cognitifs et émotionnels. Chaque partie du cerveau intervient d’une façon ou d’une autre dans le fonctionnement du langage et/ou de la communication. Les lésions cérébrales pourront donc avoir une incidence plus ou moins importante sur le langage et sur la communication selon le ou les sites lésionnels.
Les troubles du langage : l’aphasie
L’aphasie est un trouble acquis qui survient suite à une atteinte de l’hémisphère dominant pour le langage : l’hémisphère gauche.
L’aphasie se manifeste par une altération à des degrés divers de l’expression orale, de la compréhension orale, de la lecture et/ou de l’écriture :
Troubles de l’expression orale
- Atteinte du débit de parole : le débit de parole se place sur un continuum avec d’un côté, une absence de parole (mutisme) et de l’autre, un débit de parole rapide et important (logorrhée). Ce débit de parole peut varier d’une personne à l’autre et être perturbé lors de la présence d’une aphasie.
- Atteinte de la prosodie : la prosodie correspond au ton, à l'intonation, à l'accent que nous donnons à notre expression orale en fonction de nos émotions et du message que nous voulons faire passer. La personne aphasique peut présenter une atteinte de la prosodie et parler de manière monotone sans accentuation de l’intonation.
- Réduction des énoncés : la personne s’exprime avec des phrases plus courtes, la structure de la phrase est simplifiée et réduite (par ex. « le rideau … elle… fenêtre »). Il arrive que la longueur des phrases soit correcte, mais que la construction de la phrase soit incorrecte (par ex : « nous vendent du béton »). Dans certains cas, la personne n’arrive à s’exprimer qu’à l’aide du « oui » et du « non ».
- Manque du mot : la personne présente des difficultés à trouver le bon mot, peut utiliser des mots généraux (par ex : le truc, le machin, l’affaire,…) pour compenser ses difficultés d’accès au bon mot. Elle utilise également des circonlocutions (par ex : le truc que tu utilises pour conduire) pour se faire comprendre.
- Transformation du langage : la personne aphasique peut réaliser des paraphasies, c’est-à-dire utiliser un mot pour un autre (par ex : « prends mon manteau » alors qu’elle veut dire « chapeau ») ou déplacer / transformer un son dans un mot (par ex : « croitre » pour « croire »).
- Jargon : lorsque la personne jargonne, elle transforme, déforme et invente de nouveaux mots. Ses propos sont souvent incompréhensibles.
- Stéréotypie / persévération : on parle de stéréotypie quand une personne répète à plusieurs reprises, voire continuellement, le même son, le même mot ou le même segment de phrase, quel que soit le contexte. On parle de persévération lorsque la personne donne systématiquement la même réponse à différentes questions.
Troubles de la compréhension orale
Malgré l’absence de problème auditif, la personne aphasique peut présenter des difficultés de compréhension. Elle ne comprend plus ce qu’on lui demande, les consignes/ordres qu’on lui donne. Le contexte environnemental va permettre à ces personnes de compenser à minima leurs difficultés.
Troubles de l’écriture et / ou de la lecture
Les difficultés au niveau de l’écriture et de la lecture sont souvent concomitantes aux difficultés relevées au niveau de l’expression orale même si elles ne sont pas toujours présentes de manière simultanée.
On parle d’agraphie lorsque les troubles touchent l’expression écrite. Ils se manifestent par des réductions dans les énoncés écrits, du jargon, des transformations écrites, des persévérations voire une incapacité complète à écrire.
On parle d’alexie lorsque les troubles touchent la lecture. Ils se manifestent par une perturbation de la lecture des lettres, des mots ou des phrases. L’accès à la compréhension écrite est alors altéré, voire impossible.
L’aphasie va donc avoir des répercussions sur la vie quotidienne de la personne et de sa famille. Tout ce qui était naturel avant, peut devenir difficile voire impossible : discuter, téléphoner, regarder la télévision, lire le journal, écouter la radio, écrire une lettre ou encore effectuer ses comptes…
Autres troubles affectant le langage et la communication
1. Les troubles cognitivo-communicatifs
Les troubles cognitivo-communicatifs se caractérisent par une diminution des capacités à communiquer et surviennent lors d’une atteinte de l’hémisphère droit. Ils découlent de difficultés cognitives sous-jacentes, c’est-à-dire l’attention, la mémoire, les différentes fonctions exécutives, etc. La personne présentant de tels troubles peut éprouver des difficultés dans :
- le respect des règles conversationnelles (par ex : couper la parole, passer du coq à l’âne,…) ;
- les interactions sociales (par ex : adaptation du niveau de langage en fonction de l’interlocuteur) ;
- la compréhension du second degré (par ex. humour, métaphores,…) ;
- le traitement de données écrites (par ex. recherche d’informations,…) ;
- etc.
2. La dysarthrie
La dysarthrie est un trouble moteur de la parole. C’est un ensemble de troubles de la parole résultant d’une anomalie de la force, de la vitesse, de l’amplitude, de la stabilité, du tonus ou de la précision des mouvements requis pour la respiration, la phonation, l’articulation et les aspects prosodiques de la production de la parole.
3. La dysphagie
La dysphagie est un trouble récurrent de la déglutition. Une personne présentant une dysphagie va éprouver des difficultés à avaler, à transférer de la nourriture (liquide ou solide) de la bouche vers l’estomac. Ces difficultés résultent d’un manque de mobilité, de sensibilité, de tonus et de coordination des muscles responsables de la déglutition.
Les praxies
Les praxies concernent la capacité à exécuter des mouvements volontaires et conscients organisés dans un but précis. Il s’agit en quelque sorte de programmes moteurs qui ont été appris et automatisés. Par exemple : marcher, saluer de la main, tenir ses couverts pour manger,…
Suite à une lésion cérébrale, la personne peut éprouver des difficultés à réaliser ces gestes ou actions de façon automatique et fluide et ce sans qu’il n’y ait d’atteinte motrice ou sensorielle. Une tâche quotidienne comme s’habiller le matin devient soudainement très compliquée et demande alors de réfléchir au sens des vêtements, à l’ordre dans lequel il faut les mettre (absence d’automatisation) pour ne pas se tromper. Cette difficulté n’est pas continue. La personne peut parfois réussir à exécuter ces actions ou ces gestes, au prix d’efforts importants et de beaucoup d’attention. Elle peut parfois ne pas y arriver.
Il existe différents types de praxies : praxies d’habillage, praxies constructives (exécution d’un dessin), praxies idéatoires (utilisation d’un objet) et praxies idéomotrices (réalisation de gestes symboliques ou complexes), praxies bucco-linguales-faciales (mobilisation de la langue, des joues et des lèvres pour parler)
Lorsqu’on observe des difficultés dans les praxies on parle alors de dyspraxies (altérations de la capacité) ou d’apraxie (incapacité totale).
Les gnosies
Les gnosies concernent la capacité à reconnaitre et à identifier les éléments de l’environnement (espace, objets, animaux, visages, sons, textures) moyennant les recours à divers types d’organes des sens.
Après une lésion cérébrale, on peut avoir des troubles de reconnaissance alors que les processus sensoriels sont par ailleurs intacts. Les informations sont donc traitées, mais ne sont plus correctement analysées. Lorsque ces fonctions sont atteintes, on parle d’agnosies. Elles peuvent être liées spécifiquement à un sens. On parle alors d’agnosie spatiale, visuelle, auditive, olfactive, gustative,…
Les atteintes des fonctions attentionnelles
Les fonctions attentionnelles renvoient aux facultés de notre cerveau à sélectionner, maintenir et traiter une quantité limitée d’informations.
Il existe différent type d’attention, selon la durée et les situations.
L'alerte
Cette capacité attentionnelle recouvre la vitesse de traitement/ les temps de réaction à une stimulation extérieure.
L‘alerte tonique concerne l’état d’éveil général qui permet d’être réactif à l’environnement tandis que l’alerte phasique renvoie à la capacité de réaction rapide et temporaire face à une stimulus inattendu.
Des difficultés d’alerte vont se traduire par un a-réactivité ou un ralentissement global.
L’attention soutenue/ vigilance
L’attention soutenue permet le maintien de l’attention de façon continue et stable durant de longues périodes de temps. Par exemple : écouter et traiter les informations durant toute une heure de cours. Les personnes présentant une altération de cette fonction vont éprouver des difficultés à rester concentrées dans des tâches plus longues, ce qui se marque par une augmentation des échecs et erreurs. Cela peut aussi expliquer une plus grande fatigabilité.
La vigilance concerne l’attention maintenue pendant une longue période présentant peu de stimulation. Par exemple, l’attention que l’on maintient lors de la conduite automobile sur longue distance et de nuit, avec peu de circulation.
L’attention sélective
Cette capacité permet de focaliser l’attention sur des informations et d’atténuer les éléments distracteurs. Elle permet d’effectuer un choix, une sélection parmi les nombreuses informations qui nous parviennent ainsi que de distinguer l’information du bruit de fond. Une atteinte de cette fonction va provoquer un risque de fatigue et une distractibilité anormale : la personne a des difficultés à rester concentrée sur les informations importantes et s'en détourne régulièrement. Elle sera, par exemple, incapable de se focaliser sur une conversation si d’autres personnes tiennent d’autres discussions dans la même pièce.
L’attention divisée
Elle permet de traiter simultanément plusieurs sources d’information, de partager son attention entre ces différentes sources et de réaliser simultanément deux actions cognitives de manière efficace. Par exemple, préparer un repas tout en surveillant ses enfants.
En cas d’atteinte, les personnes présentent d'importantes difficultés à réaliser plusieurs tâches simultanément. En situation de double tâche, la personne va soit se montrer très ralentie dans l'exécution de celles-ci, soit va devoir privilégier une tâche qu'elle juge prioritaire. Par exemple, lors de la conduite d’une auto, la personne s'investit dans une conversation mais risque de ne plus voir les dangers de la route.
Les fonctions exécutives
De manière générale, les fonctions exécutives sont des processus cognitifs qui agissent comme une tour de contrôle visant à faciliter l’adaptation de la personne aux fluctuations de son environnement, l’adaptation du sujet à des situations nouvelles et aux fluctuations de l’environnement.
Différentes fonctions exécutives sont mises en évidence et notamment l’inhibition, la flexibilité et la planification.
L’inhibition
L’'inhibition est la capacité à contrôler des comportements automatiques. Un déficit peut engendrer d'importantes difficultés à se contrôler et une nette tendance à l'impulsivité.
Une atteinte de l’inhibition peut se manifester de diverses manières.
Au niveau comportemental, une personne désinhibée va se lancer dans une activité sans prendre le temps de réfléchir à la réaction adaptée, au mode opératoire ou aux conséquences de ses actions. Elle réalise des activités de façon pressée, brouillonne, désorganisée. Cette personne aura tendance à faire une multitude de choses tout en ayant des difficultés à les mener jusqu'au bout. Il peut lui arriver d’outrepasser des règles et des interdits.
Sur le plan verbal, on observe une certaine volubilité, des réponses impulsives (un mot pour un autre, des réponses au hasard,…), une tendance à interrompre les gens, de nombreux commentaires et digressions, des associations d’idées non contrôlées, un langage parfois familier, voire grossier ou déplacé, un discours peu structuré.
Sur le plan émotionnel, des réactions impulsives peuvent apparaître, ainsi que des rires ou des pleurs immotivés.
La flexibilité
La flexibilité est la capacité de passer d'un type de traitement / activité / contenu de pensée à un autre. Cette fonction permet d'ajuster et de modifier le comportement ou le plan d'action en fonction des données nouvelles de l'environnement, et ainsi pouvoir agir de différentes manières. Par exemple, dans une situation problématique, la flexibilité va permettre d’élaborer une autre solution, si la première ne fonctionne pas.
Les conséquences d’une atteinte de la flexibilité aboutissent à une certaine rigidité mentale. On remarque une tendance à persévérer sans raison dans un comportement, une humeur, une idée, ... (même dans les erreurs). Ces personnes ont du mal à percevoir les choses d’un point de vue différent ; des problèmes divers engendrent des réponses identiques, stéréotypées. Confronté à un échec ou un changement imprévu, le patient a des difficultés à adopter une stratégie alternative.
La planification
On entend par organisation et planification, la capacité à mettre en place des stratégies de résolution de problèmes. Il s'agit en fonction du but poursuivi, d’organiser les moyens et les étapes à mettre en œuvre pour y arriver. Par exemple, pour organiser un dîner avec des amis, il faut d’abord réfléchir au menu en fonction des invités, puis établir une liste des courses, organiser ces courses, évaluer le temps nécessaire pour la réalisation du menu, puis seulement commencer à le préparer.
Une atteinte des processus de planification va engendrer d’importantes difficultés à élaborer et mettre en œuvre des stratégies de résolution de problème. Face à une tâche à exécuter, une atteinte des processus de planification va se traduire pas une difficulté à énoncer un plan d’action clair, des oublis d’étapes, des difficultés de priorisation, pas de vérification. L’organisation d’une journée, par exemple, ou d’un repas devient une tâche ardue, parfois impossible.
Les fonctions mnésiques
Ces fonctions mnésiques regroupent un ensemble de processus mentaux permettant d’encoder (enregistrer), stocker (conserver) et récupérer (rappeler) des informations, des connaissances et/ou des expériences, soit à court terme, soit à long terme.
On parle souvent de LA mémoire mais, en réalité, il en existe plusieurs. Il existe des mémoires différentes selon la durée de stockage (court terme et long terme) et il existe des modules de mémoire différents en fonction du type d’informations à retenir (visuelles, verbales, sensorielles, expériencielles, générales…)
La mémoire de travail
La mémoire de travail peut s’apparenter à la mémoire vive d’un ordinateur. Elle est impliquée dans le maintien d’informations à des fins d’utilisation immédiate ; elle permet la rétention temporaire et la manipulation d’un nombre limité d’’informations afin de réaliser des tâches cognitives, comme le raisonnement, la compréhension, ...
Cette mémoire de travail est donc essentielle dans la vie quotidienne et une atteinte de l’une ou l’autre de ces composantes est susceptible d’avoir des répercussions majeures dans différentes sphères du fonctionnement cognitif : raisonnement, résolution de problèmes, difficultés à suivre une conversation à plusieurs interlocuteurs…
La mémoire épisodique
La mémoire épisodique a une capacité illimitée et s’inscrit dans une durée à long terme. Elle concerne l’encodage, le stockage et la récupération d’informations concernant des « épisodes » multiples et variés personnellement vécus antérieurement ou à vivre dans le futur (mémoire prospective).
Des atteintes de la mémoire épisodique vont se traduire par des oublis, des souvenirs vagues et imprécis, de « faux » souvenirs… et impacter en conséquence la vie quotidienne.
La mémoire sémantique
La mémoire sémantique a une capacité illimitée et s’inscrit dans une durée à long terme. Elle concerne l’encodage, le stockage et la récupération d’informations générales.
Ces connaissances et leur usage sont acquises tout au long de la vie sans qu’il soit possible de déterminer le contexte précis de leur apprentissage et sont peu affectées par les atteintes cérébrales acquises.
La mémoire procédurale
La mémoire procédurale concerne l’encodage, le stockage et la récupération d’informations/ d’habilités sensori-motrice et cognitives qui s’acquièrent par un entrainement répétitif.
Ces automatismes, une fois acquis, sont peu sensibles aux atteintes cérébrales.
La mémoire sensorielle
La mémoire sensorielle concerne l’encodage, le stockage et le rappel d’informations sensorielles. Cette mémoire est peu sensible aux atteintes cérébrales.
Les atteintes de la métacognition
La métacognition est la capacité de penser à ses propres pensées. Elle concerne la conscience et la régulation de ses propres processus cognitifs et permet un regard auto-critique sur le fonctionnement individuel et son adaptation. Elle renvoie également à la capacité de nosognosie qui concerne la conscience de ses propres limitations.
Une atteinte des compétences métacognitives entraine une anosognosie, un trouble avec lequel la personne n’a pas conscience de ses propres déficits ou de la maladie dont elle souffre.
Les atteintes de la cognition sociale
La cognition sociale est une compétence cognitive qui permet de se représenter les relations entre soi-même et les autres et d’utiliser ces représentations pour ajuster son propre comportement au sein d’une interaction sociale.
Elle englobe la capacité à reconnaitre ses propres émotions et celles d’autrui, la capacité à faire des inférences sur les pensées et intentions d’autrui et la capacité à adapter des attitudes contextuelles socialement adéquates.
Une atteinte de la cognition sociale limite la construction et le maintien d’interactions sociales positives.
Les autres séquelles possibles
Fonctions physiques
Troubles émotionnels et comportementaux
L’objectif du service ?
Accompagner les professionnels pour qu’ils puissent adapter leurs pratiques et offrir un soutien de qualité, respectueux des capacités et des limites des personnes cérébrolésées.
